Le temps et ses paradoxes

Initialement passif, le temps est devenu agressif. La façon dont il domine nos vies contemporaines ferait sans doute hurler les premiers horlogers. Le temps semble nous fuir ; à l’heure de l’accélération technologique, plus rien n’est assez rapide. La perpétuelle « lumière » d’Internet et la mondialisation rendent obsolètes les fuseaux horaires qui obsédaient William Strachey. Mais le plus étrange dans tout ça, c’est que le balancier du pendule n’a jamais changé de rythme. Les calendriers ont toujours le même nombre de jours. Si le temps paraît plus rapide, c’est à nous, victimes de notre propre impatience, que nous devons ce sentiment.

Le temps est bien l’acteur principal de nos vies, et parfois le seul juge de leur valeur.
Vous savez ce truc qu’on dit à propos de la comédie qui serait une tragédie avec le temps en plus ? L’idée est la suivante : n’importe quel malheur peut devenir drôle pour autant qu’on dispose d’une période suffisante pour rétablir et réévaluer la situation.
L'histoire d'un match
Le temps rythme nos vies, prenons l'exemple d'un match de foot, sport suivi par 3,5 milliards de fans à travers le monde.
La journée d'un match est dominée par le calendrier des matchs publiés quelques mois/jours plus tôt : heure du rendez-vous, du déjeuner, estimation du temps de livraison des pizzas, du paiement de la facture, temps du déplacement jusqu’au stade, longueur de la file d’attente, chansons à écouter avant le match.
Et enfin le match lui-même : ce que les minutes semblent longues lorsqu’on est en train de gagner et qu’on attend le coup de sifflet final, ce qu’elles filent lorsqu’on est en train de perdre.
La fin du match est un l'un des choix les plus stratégique de tous spectateur : vaut-il mieux éviter la foule ou prendre le risque de manquer un but dans les arrêts de jeu ? Comment mettre ces mesures en balance ? Quelle importance attache-t-on respectivement à un but et à un gain de dix minutes sur le trajet ?
Rapport au temps et événements marquants
Face au nombre d’histoires relatant des ralentissements similaires du temps en situation d’accident, les neuroscientifiques auraient de quoi se sentir épuisés. Ils expliquent d’ailleurs ce phénomène de manière tout à fait pragmatique. Les accidents sont stressants et terribles. Pour les victimes, les faits s’imprègnent largement dans le cortex. Nous nous en souvenons comme d’événements significatifs et vivaces. Ainsi, lorsque nous nous représentons l’événement ou que nous le racontons, le nombre d’éléments mémorisés semble dépasser la capacité d’une fraction de seconde, durée effective de l’événement lui-même.
Contrairement aux situations quotidiennes, à tel point ancrées dans notre cortex que nous n’y pensons plus (à l’image du trajet que nous faisons tous les jours pour aller travailler), une situation inattendue, nouvelle et soudaine, focalisera toute l’attention de notre cerveau. La silhouette d’une femme inconnue enjambant une ligne peinte sur la chaussée, les gravillons sur le sol, le grincement des freins et les cris des passants sont inhabituels, autant d’éléments saillants qu’il s’agit de traiter lorsqu’on tente de limiter les dommages que nous sommes sur le point de subir. Mais Mais que se passe-t-il réellement dans ce moment de flash ?
Deux petites parties de notre cerveau appelées « amygdales » – groupes de faisceaux nerveux hyper-réactifs situés dans le lobe temporal, siège de la mémoire et de la prise de décision – réquisitionnent les autres fonctions cérébrales en cas de crise. C’est la stimulation des amygdales qui génère l’impression d’étirement du temps, un mécanisme déclenché par la peur et les chocs qui frappent si brutalement notre système limbique que les événements s’ancrent à long terme dans notre mémoire. Cette distorsion de la durée perçue se résume à cela. L’heure de l’horloge ne s’est donc ni étendue, ni suspendue. Les amygdales ont instantanément stocké le souvenir vif et détaillé de l’événement, la distorsion du temps n’ayant lieu que rétrospectivement lorsque nous confrontons inconsciemment le volume du souvenir à notre perception de l’écoulement normal du temps.
Cet article traitant des tactiques de la gestion du temps n'est qu'une courte introduction au livre présenté ci-dessous, comprenant quant à lui une analyse complète.
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Extrait du titre L'heure tourne
De Simon Garfield
Collection Quanto
Publié chez EPFL PRESS




